Ça faisait quand même pas mal de temps que je ne m’étais pas adressé à vous à travers un article de blog. Mais en ce début d’année, et alors qu’habituellement l’hiver me rend plus morose, je me sens d’humeur à reprendre quelques bonnes habitudes, mais aussi à me lancer dans de nouvelles découvertes.
La dernière en date? Faire de la photographie argentique!

On pourrait croire que c’est une nouvelle lubie, quelque chose qui me prend soudainement et que je finirai par arrêter rapidement, mais j’ose croire que ce n’est pas le cas.
Tout d’abord, cela fait déjà quelques années que je suis de plus en plus attiré par cet univers qui semble si lointain alors que ce n’est pas tant le cas.
J’ai longtemps eu une attirance pour l’esthétique des photos argentiques, leur grain, les couleurs, cette ambiance que seule une pellicule permet de retranscrire.
Depuis plusieurs années, j’ai essayé à travers mes photos de me rapprocher de ce rendu unique. D’autant plus avec mon Fujifilm XT-4 et ses simulations de films, qui permettent de prendre des photos et avoir un rendu et une colorimétrie qui se rapproche des pellicules les plus célèbres de la firme japonaise.
Toutefois, même si je m’en rapprochais, le résultat était toujours incomparable avec ce que peut offrir un réflex argentique.
Je pensais le monde de l’argentique, complexe, hors de ma portée. Je le voyais comme un monde à part, un monde très technique, accessible uniquement aux connaisseurs.
Pourtant, fût une époque ou n’importe qui pouvait faire des photos avec un appareil jetable et une pellicule dedans. Et c’est encore le cas aujourd’hui.
J’ai commencé à tomber sur quelques photos argentiques partagées par des photographes sur les réseaux, puis sur des vidéos de personnes passionnées par cet univers qui partagent leurs créations, leur passion et leur amour pour la photo, et voila que j’ai eu envie de me lancer.
Quelques discussions avec une pratiquante de la photo argentique (coucou Fiona), et voila que j’étais entrain de scroller les petites annonces de vente d’appareil photo argentique sur eBay.
Puis le voilà. Le bon? Je ne le savais pas encore. Il n’était pas trop chère (car oui, l’univers argentique a bien flambé), il semblait en bon état, alors ni une ni deux, j’ai commandé mon premier réflex. Un Ricoh KR-10 Super, datant des années 80, équipé d’un objectif RIKENON 50mm f/2.
Une marque inconnue pour moi, mais qui semble avoir eu son petit succès dans une autre vie et qui continu d’exister de nos jours à travers quelques modèles d’appareils photos.
Quelques jours plus tard, je le reçois chez moi. Un petit appareil tout noir, dans un bel état, et particulièrement compact par rapport à mon actuel Fuji XT-4.
Il aura fallu seulement remplacer quelques mousses pour éviter toute infiltration de lumière au niveau de la pellicule, mais pour le reste, tout était en parfait état de marche.
Une fois cette petite étape de réparation effectué, j’insère en lui une pellicule Kodak ULTRAMAX et je pars faire quelques photos du côté du Clos de Vougeot, par une journée brumeuse et givrée.
Durant toute cette balade, je prends mon temps. Car oui, la photo argentique demande à prendre son temps. Et qu’est ce que ça fait du bien!
Prendre le temps de faire sa mise au point. Prendre le temps de faire les bons réglages par rapport à la luminosité. Prendre le temps de bien composer sa photo. Non pas que je ne le faisait pas avec mon Fujifilm, mais ce dernier me permet de supprimer facilement la photo si je ne suis pas satisfait et en plus de ça je peux voir directement, dans mon viseur, les modifications qu’apportent les différents réglages que je fais.
Ici, il n’en est rien puisque tout se fait « à l’aveugle ». Mon viseur ne me permet que de savoir plus ou moins si j’ai la bonne mise au point, si ma photo est bien composée et si je suis potentiellement en sur-exposition ou à l’inverse en sous-exposition. Mais pour savoir si la photo est réussie ou non, il faudra attendre le développement. Et attention à ne pas prendre en photo tout et n’importe quoi, puisque ma pellicule ne me permet de prendre que 36 clichés. Certes, je pourrais en utiliser une autre, mais ça serait vite se confronter au coût d’achat d’une pellicule et à son développement.
Lors de cette première session, différents sentiments m’ont envahis. Evidemment, de l’excitation. L’excitation de découvrir quelque chose de nouveau. Mais aussi la peur, la peur de faire les mauvais réglages, la peur que mes photos soient ratées. Il y avait aussi de la frustration. Frustré de ne pas savoir directement ce que donnait mes photos. Et le temps passait, tout comme le décompte de mes photos capturées sur ma pellicule, et un sentiment d’apaisement s’installa. J’étais apaisé par cette petite balade au milieu des vignes, dans le calme assourdissant d’un épais brouillard et d’un froid qui avait endormi toute vie autour de moi. Quelques promeneurs venait me rappeler par moment que je n’était pas complètement seul et isolé du monde.
Puis, survint le dernier sentiment: l’excitation. L’excitation arrive quand mon décompte de photos affiche « 36 ». Ça y est, la pellicule est complète. Il est temps de la faire développer.
Quelques jours plus tard je découvrais enfin ce que donnait mes photos. Malgré quelques mise au point ratées, j’ai été tellement heureux et satisfait du résultat.





























A travers cette nouvelle aventure, je ne pense pas combler un délire artistique passager, mais plutôt découvrir un autre pan de ma plus grande passion; la photographie. J’ai toujours utilisé un appareil photo numérique depuis que j’ai commencé la photo. Me lancer dans la photo argentique, c’est me plonger un peu plus dans l’histoire de la photographie. Mieux prendre conscience du chemin parcouru et de l’évolution de cet univers si commun et pourtant si exceptionnel. Exceptionnel par tout ce que la photographie à pu raconter à travers le temps, tout ce dont elle a pu témoigner, tant pour des moments historiques, que par des moments de vie bien plus commun.
Aujourd’hui, n’importe qui peut très facilement prendre une photo. Pratiquer la photo argentique, c’est prendre conscience du chemin parcouru avant d’arriver à une telle démocratisation de la photo.
Pour ma part, je suis complètement admiratif de la magie qui s’opère dans la photographie argentique. Suis-je le seul à trouver ça incroyable, que des rayons de lumière viennent se transformer en image quand ils rentrent en contact avec la formule chimique d’un film de pellicule?
Pratiquer la photographie argentique, c’est se rendre compte du travail énorme de recherche qu’il y a eu par le passé, pour mettre au point des chimies particulières afin de fixer les images sur un film pour ensuite les développer, les tirer et ainsi les rendre palpables.
A titre plus personnel, ça me rappelle que dans une ville de ma région, Châlon-Sur-Saône, il y avait une immense usine Kodak, fleuron de la photographie. Aujourd’hui et depuis plusieurs années, l’usine a été réduite en un tas de poussière et à l’époque c’était tout un symbole. Je n’en prend pleinement conscience que maintenant.
Enfin, pratiquer la photo argentique, c’est découvrir ou redécouvrir des sensations et des émotions que l’on a peut-être perdu au fil des années. La sensation de créer quelque chose de plus matériel, la sensation de ressentir chaque mouvement, chaque mécanique dans l’appareil. Alors certes, on ne peut pas dire que le déclenchement d’un réflex argentique soit des plus discret. Mais finalement, est-ce qu’un peu de bruit ne fait pas du bien, dans un monde que l’ont veut de plus en plus silencieux.